Santé intégrée


Depuis quelques années, différents centres hospitaliers intègrent des approches thérapeutiques complémentaires dans leurs prises en charge.

Prise en charge intégréeC’est le cas de l’hôpital Hartford, dans le Connecticut, aux Etats-Unis, qui depuis 1997 a choisit d’intégrer un ensemble de pratiques complémentaires à leur approche clinique conventionnelle afin d’améliorer les traitements.

Plus près de chez nous, l’hypnose est utilisée afin de diminuer les doses d’anesthésiant ou d’anti-douleur. Par exemple, les Cliniques St Luc à Bruxelles présentent l’hypnose parmi les différentes méthodes proposées lors d’une anesthésie.

A Paris et en Ile-de-France, les hôpitaux de l’AP-HP ont également introduit, depuis plus de 10 ans,différentes approches: médecine chinoise, toucher thérapeutique, sophrologie, ostéopathie, acupuncture et hypnose. Un premier état des lieux et des recommandations font l’objet d’un rapport en mai 2012. Ils entament une réflexion et une évaluation autour de cette introduction afin de fixer les contours de leur intégration dans les prises en charge.

Dans la pratique, de nombreuses personnes combinent des approches complémentaires tout en consultant également les professionnels de la santé conventionnelle. Toutefois, l’information et la communication entre les praticiens, plébiscitées dans le cadre des pathologies chroniques ou en traitement palliatif et encouragée dans toute autre pathologie, n’existe pas entre praticiens des approches complémentaires, ni entre eux et les professionnels de la santé. La méconnaissance de ces différentes pratiques et la peur de l’inconnu, débouche sur des messages contradictoires, des jugements négatifs a priori, voire des contre-indications.

santé intégréeLa prise de conscience de la nécessité d’associer la médecine conventionnelle et la médecine non conventionnelle commence donc à faire son chemin. Plutôt que de parler d’une médecine conventionnelle et de thérapies alternatives, il s’agit aujourd’hui d’ouvrir le dialogue, le débat, les échanges. Sortir d’une confrontation stérile ouvre de nouvelles voies, de nouvelles opportunités.

C’est accepter de voir les avantages et les limites des deux visions de la santé, une qui aborde l’individu comme un corps-objet, et l’autre qui l’appréhende en tant que corps-sujet. C’est la vision de Thierry Janssen, chirurgien pendant treize ans avant de devenir psychothérapeute, qui défend un rapprochement entre les médecines conventionnelles et non conventionnelles. Il explique la différence qu’il existe pour lui entre notre médecine conventionnelle et ces autres approches complémentaires.

La science analytique a effectivement permis d’échapper à certaines de ses lois telle que la gravité ; cela nous a permis d’aller sur la Lune. En médecine, elle est à l’origine de grands progrès, en particulier ceux de la chirurgie, qui répare les corps mal formés, cassés et usés, ainsi que la lutte contre les infections avec les mesures d’hygiène, les antibiotiques et les vaccins. Cela a permis à un plus grand nombre de gens de vivre plus longtemps. Mais il existe des maladies – souvent chroniques – dues à l’usure et aux mauvaises conditions de vie pour lesquelles cette médecine a peu de remèdes vraiment efficaces.

Pour lui, la différence essentielle réside dans la façon de concevoir la santé; entre morcellement et prise en charge globale.

Les médecines non conventionnelles, pour la plupart très anciennes, ont gardé une vision d’ensemble. Pour elles, l’être humain est un être multidimensionnel que l’on ne peut pas soigner comme un corps-objet mais bien comme un corps-sujet : un corps qui pense, qui éprouve des émotions, qui a une psychologie, qui est en lien avec les autres et qui est influencé par l’environnement dans lequel il vit.

En Belgique, la Fédération contre le Cancer vient d’éditer un petit ouvrage, cette année, intitulé “Cancer et médecines complémentaires: vers une nouvelle cohabitation”.

Longtemps, la médecine conventionnelle et les médecines complémentaires ont vécu sur des terres éloignées, séparées par le mépris, le rejet, l’indifférence et l’hostilité. En choisissant la transparence, en refusant de se voiler les yeux face à des pratiques grandissantes, la Fondation contre le Cancer a fait le choix d’informer. Sans a priori. Sans chercher à plaire à l’un plutôt qu’à l’autre, sans vouloir masquer les divergences mais, aussi, les rapprochements parfois en cours. 4ème de couverture

La Fédération contre le Cancer enclenche par la même une stratégie de la porte ouverte, dont l’objectif est de favoriser le dialogue, tant entre les patients et leurs médecins, qu’entre les praticiens de médecines conventionnelles et non conventionnelles.

Il n’entre pas dans les objectifs des médecins traditionnels, techniciens du corps, de donner du sens. Pour les médecins complémentaires, c’est souvent le contraire. La médecine de demain fera peut-être l’alliance entre ce qui répare le corps et ce qui lui procure du bien-être, avec la part de subjectivité que cela suppose. (Cancer et médecines complémentaires: vers une nouvelle cohabitation, p.116)

Et vous, comment prenez-vous soin de vous? Est-ce que vous osez parler à votre médecin des pratiques complémentaires que vous utilisez? Si oui, quelles réactions avez-vous eues? A quel moment ou pour quel type de souci de santé vous tournez-vous vers des pratiques complémentaires?